Qu’est-ce qu’une « Claymore », par Keith Farrell.

eis-logo-170x190[Cet article est une traduction de « What is  Claymore », paru sur le Blog Encased in Steel le 6 Février 2015 par Keith Farrell de l’Academy of Historical Martial Arts]

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Est-ce une Claymore? réponse courte : non, ce n’en est pas une. C’est quand même une belle épée malgré tout. Photo par Søren Niedziella pour Albion Europe ApS.

C’est une question qui apparaît régulièrement : «est-ce une Claymore? »; il y a un malentendu persistant sur ce que signifie le terme, d’où il vient, et à quelle épée il fait référence. Cet article de blog va tenter d’apporter des réponses afin d’être un point de référence facile lorsque le sujet sera  abordé.

Pour résumer.

Le mot «Claymore» se réfère à la Broadswoard écossaise, sabre avec une garde « en panier »,et non pas à l’épée à deux mains à laquelle beaucoup de gens attribuent à tort le terme [1]. L’utilisation la plus ancienne enregistrée du terme «Claymore» était par rapport à cette Broadsword [2], et cela tend à persister jusqu’au XIXe siècle. Parfois, les Anglais de l’ère victorienne [XIXe siècle] ce sont référés à l’épée à deux mains écossaise comme une Claymore [3], mais les Écossais eux-mêmes ne l’appelaient pas par ce nom, tout le temps qu’elle a été utilisée.

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Ajout du traducteur: La Broadsword Écossaise; source image: medieval-weaponry.co.uk

Des traités d’escrime ?

Dans les traités originaux (datés entre le XVIIe et le XIXe siècle [4]) que l’on utilise pour l’étude de l’escrime historique, le terme Claymore n’est aucunement utilisé en tant que référence à une arme particulière [5]. Les traités tendent à spécifier la Broadsword, le sabre, la Spadroon [note du traducteur : épée légère, parfois appelée « épée anglaise » en France, et présentant des similitudes avec l’épée de cour], ou bien l’épée courte, de plus il n’y a pas de traité d’escrime britannique postérieur à Georges Silver [6] mentionnant les épées longues à deux mains.

Descriptifs des Highlanders.

Aux alentours de 1715, Sir Humphrey Colquhoun fut convoqué par le gouvernement britannique pour s’occuper de Rob Roy Mac Gregor et sa bande de maraudeurs. Son groupe d’hommes a été décrit comme bien équipé de cette manière :

« Dans la soirée de ce jour, les équipages dans les chaloupes sont venus sur le rivage à Luss, où ils ont été rejoints par Sir Humphrey Colquhoun, et son beau-fils Grant de Pluscardine, suivis par quarante ou cinquante imposants compagnons habillés de chausses courtes et de tartan ceinturé, chacun d’entre eux armés avec mousquet bien arrangé sur leurs épaules, un bouclier rond [Targe] , avec une partie pointue aiguisée en acier, mise par-dessus et d’une longueur une demi-aune, vissée sur le milieu de celui-ci, sur leur bras gauche, [et avec] une solide Claymore sur leur côté, et un pistolet ou deux, ainsi qu’un poignard et un couteau par ce côté [7] ».

La description inclut le terme Claymore, et dans cette période ce serait bien la Broadsword avec la garde en panier qui aurait été portée par les hommes de la bande de Colquhoun. Une description des soldats de la Garde Noire [The Black Watch] à la bataille de Fontenoy en 1745 spécifie les choses ainsi :

« Le régiment entier portait des Claymores en plus de leurs mousquets, et à ses armes chaque soldat pouvait ajouter, s’il le souhaitait, un poignard, un Skene [note du traducteur : ou « Sgian Dubh », petit couteau traditionnel écossais à un seul fil tranchant], une paire de pistolet, un bouclier rond, dans la mode des Highlands ; ainsi nos hommes de rang étaient généralement aussi bien équipés que tout  ceux qui ont marché sur la lande [« Muir »] de Culloden [8]».

Les soldats de la Garde Noire portaient des Broadswords à garde en panier, et non des épées longues à deux mains [9]. Le mot Claymore réfère donc ainsi à la Broadsword.

La « Charge des Highlands » fût une fameuse tactique des Highlanders aux XVIIe et XVIIIe siècles. Un compte-rendu de cette charge est décrit dans le livre de Peter Harrington sur ce sujet, bien que malheureusement la description n’est attribuée à aucune personne ou source particulière :

« Quand ils descendirent à la bataille, [un Highlander] avait placé sa toque sur sa tête avec un « scrugg » arrondi ; un second, rabaissa et replia son tartan ; un troisième penchât son corps horizontalement et courut en avant, se couvrant de son bouclier rond, se précipita dans la ligne ennemi sur cinquante pas, déchargeant puis laissant tomber mousquet et munitions ; un quatrième s’élança sur douze pas, déchargeant et jetant ses pistolets d’acier à butée en pince vers la tête d’un ennemi ; un cinquième tirant Claymore et poignard vers lui ! [10] ».

Encore, à cette période, les Highlanders portaient des Broadswords à garde en panier plutôt que des épées longues à deux mains. Ainsi donc, l’usage du terme Claymore dans ce passage réfère à la Broadsword.

Cris de guerre

Les régiments des Highlands usèrent parfois de la phrase «Dirk and Claymore» [«Poignard et Claymore»] comme cri de guerre, enregistré à la bataille de Fontenoy (1745) [11], et au siège de Fort Duquesne en 1758 [12]. Les soldats de ses régiments ne portaient pas d’épée longue [13], et encore le terme Claymore, même dans le cri de guerre, doit faire référence à la Broadsword à garde en panier.

Qu’en est-il des épées à deux mains ?

Les Écossais avaient bien des épées à deux mains, et elles étaient appelées  « Twa-handit swords » ou bien encore « Halflang », et certaines d’entre elles ont pu être utilisées soit à une main soit à deux mains [14].

Bien qu’il existe une notion romantique du Highlander armé d’une Claymore qui serait une épée longue à deux mains, c’est en réalité faux. Les épées à deux mains furent populaires en Ecosse avant que les Broadswords à garde en panier ne deviennent omniprésentes ; comme les Broadswords croissaient en popularité, les épées à deux mains diminuèrent. A l’époque des soulèvements Jacobites, les épées à deux mains auraient été rarement vues.

Au XIXe siècle, quelques livres ont décrit l’épée à deux mains comme Claymore, et ont même suggéré une technique d’utilisation basée sur la méthode de Liechtenauer selon Andre Paurñfeyndt en 1516 [15]. Je présente mes réflexions sur ces sujets dans mon livre Scottish Broadsword and British Singlestick, publié par Fallen Rock Publishing en 2014. Si vous désirez en savoir plus sur ces prétentions, et pourquoi elles sont problématiques, je vous invite à examiner mon livre. Les fonds récoltés de la vente de ce livre iront à des projets tel que le blog Encased in Steel, ainsi que vers plus de productions de recherches et de publications !

Scottish Broadsword and British Singlestick - small

Conclusion

Le mot Claymore réfère normalement à la broadsword à garde en panier. Parfois au XIXe siècle et plus récemment, le terme à été utilisé abusivement et faussement pour désigner l’épée à deux mains Ecossaise.

Il existe beaucoup de sources depuis le XVIe jusqu’au XIXe siècle qui nous donnent plusieurs exemples. Cet article en a mis en lumière seulement quelques-uns –il en existe beaucoup plus si vous lisez des livres et des compte-rendu historiques.

J’espère que cet article a été d’une bonne aide et qu’il a apporté, de manière érudite, suffisamment de preuves pour confronter et défaire les conceptions erronées et fausses entourant le terme  Claymore. Je vous invite à partager cet article avec n’importe qui pouvant être confus à ce sujet !

Keith Farrell.

Notes

[1] Fergus Cannan, Scottish Arms and Armour, Oxford, Shire Publications, 2009. Page 88.

[2] Christopher Scott Thompson, Highland Broadsword: Lessons, Drills, and Practices, Boulder, Paladin Press, 2010. Page 4.

[3] Charles Niven McIntyre North, The Book of the Club of True Highlanders, Vol. II, London: C.N. McIntyre North, 1881.

[4] Bien qu’il y avait bien sûr des traités d’escrime écrits avant le XVIIe siècle  et au XXe siècle, les manuels d’intérêt et d’études de ces armes écossaises  proviennent généralement du cœur de cette période.

[5] Et si ce terme apparaît dans un traité d’escrime, j’apprécierai d’être corrigé sur le sujet.

[6] George Silver, Paradoxes of Defence, 1599.

[7] John Parker Lawson, Historical Tales of the Wars of Scotland, Vol. 1, Edinburgh, A. Fullerton, 1839. Page 186.

[8] James Grant, Legends of the Black Watch, London: Routledge, Warne, and Routledge, 1859, Page 48.

[9] David Stewart, Sketches of The Character, Manners and Present State of the Highlanders of Scotland; with details of The Military Service of the Highland Regiments. Vol. 1, 3rd edition, Edinburgh, Archibald Constable and Co, 1825, Part 3, “Section I – Black Watch.”

[10] Peter Harrington, Culloden 1746: The Highland Clans’ Last Charge, London, Osprey, 1991. Page 40.

[11] James Grant, Legends of the Black Watch, London, Routledge, Warne, and Routledge, 1859. Page 65.

[12] James Grant, Legends of the Black Watch, London, Routledge, Warne, and Routledge, 1859, “The Lost Regiment – A Love Story.”

[13] W.A. Thorburn, Uniform of the Scottish Infantry: 1740 to 1900, Edinburgh, Scottish United Museum Service, 1970. Il n’ya aucune illustration avec une épée à deux mains; toutes les illustrations d’épées montrent soit une Broadsword, un sabre ou une Spadroon.

[14] Fergus Cannan, Scottish Arms and Armour, Oxford, Shire Publications, 2009, Pages 30-31.

[15] Keith Farrell, Scottish Broadsword and British Singlestick, Glasgow, Fallen Rook Publishing, 2014. Pages 97-98.

Keith Farrell, Instructeur à l’Academy of Historical Martial Arts Glasgow, membre de l’HEMAC.

Traduction: Gaths pour Le Blog OGN; Corrections, validation: Delphine, Laurent, Johann.

 

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