Le Jeu de Vadi du moment : le 4eme Jeu, par le Pôle-Etude Vadi.

Le Giocco Stretto chez Vadi

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Le « Signo » de Vadi

L’œuvre de Vadi (De Arte Gladiatoria Dimicandi) se décompose en deux parties principales : la partie textuelle (ou Discours sur l’Art de l’épée) , et la partie illustrée, subdivisée elle-même ainsi : Signo et Colpi, gardes de l’épée longue en civil, jeux de l’épée longue, gardes de la hache noble en armure, jeux de la hache noble en armure,  gardes de l’épée longue en armure,  jeux de l’épée longue en armure, jeux de la lance, etc. Les jeux illustrés mettent en scène des situations de combat précises, et sont accompagnés de courts vers sensés aider à la compréhension de la situation et de la technique dépeinte, même si ce n’est pas toujours évident à nos yeux.

En ce qui concerne les jeux illustrés pour le combat à l’épée longue en civil (comprendre ici « sans armure », mais avec un équipement sommaire de protection), ils sont au nombre de 25. Sur ces 25 jeux, le premier seulement concerne le combat à distance « large », lointaine (giocco largo), et les 24 autres concernent le jeu court (giocco stretto), et consistent en un ensemble de techniques de combat rapproché (passage en mi-épée, saisies, clef de bras, désarmements, etc.). Les principes permettant de comprendre comment arriver au jeu court et comment identifier le moment où il est opportun d’y rentrer sont expliqués dans plusieurs passages du texte, et se retrouvent chez Fiore (influence de Vadi, voir cet article) : au moment du croisement des lames, ou croce (par exemple sur une parade), si les lames se croisent en leur milieu, a Meza Spada, la distance est suffisamment réduite, c’est le moment pour entrer en jeu court (1). Cela peut arriver fortuitement pendant le combat, mais aussi parce qu’on a décidé d’initier un jeu court, en ne reculant pas, voire même en avançant, sur une parade, par exemple.

Pôle Etude Vadi 2015

logoPEVPour cette saison, le principe du Pôle-Etude Vadi est d’étudier un par un ces jeux courts, à l’appui d’une méthodologie de travail et sous contrôle de l’instructeur. Cette méthodologie est un ensemble de cheminements et de questions qui ponctuent l’étude : on commence par refaire la scène et on essaie de la comprendre par rapport à l’illustration ; ensuite l’on se demande comment l’on est arrivé à ce cas de figure? depuis quelle garde ? comment a-t-on initié le jeu court, si ce n’est pas pour répondre à une situation s’étant présentée naturellement, ou pour contrer une autre technique ? quel coup a-t-on paré et comment ? par quel coup ai-je attaqué ? la position des jambes est-elle importante ? Retrouve-t-on cette technique chez Fiore ? etc.

De ces études l’on retient donc une ou plusieurs interprétations (pour rappel, ce ne sont que nos propositions, rien n’est, fort heureusement, ni définitif, ni sûr à 100%), consignées sous forme de textes et d’illustrations ; une fois que tous les jeux auront été interprétés, ils seront compilés sous la forme d’un document unique qui devrait paraître à l’automne 2015 (en attendant, jetez un œil à nos publications déjà disponibles !). D’ici-là, certaines interprétations de certains jeux seront publiées sur ce Blog.

Rappel : les techniques que nous étudions sont potentiellement dangereuses et sont réservées à un public averti, pratiquant les AMHE avec un matériel de protection et des simulateurs d’armes adéquats, sous l’encadrement d’instructeurs.

Le 4eme Jeu illustré :

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Vers accompagnant l’illustration  (traduction OGN ):

« Io t’ò per parte riversa ligato / Per colpo di spada seraì aterrato »

“Je t’ai lié sur le côté gauche/ D’un coup d’épée je t’enverrai au sol ».

Interprétation (sur ce jeu : David, Claire, Jean-Rémy, Gaths):

-En position de départ, A (qui fera la technique) est en garde basse (Posta di Cinghiaro par exemple), et va subir un coup Fendente (taille du haut vers le bas) de la part de B (qui subira la technique), qui part lui d’une garde haute, la Posta Finestra ici. step1départjeu4

-Etape 1 : B attaque donc A d’un Fendente Dritto (coup de taille direct du haut vers le bas), et A se défend en Coverta (2), c’est à-dire qu’il s’abrite derrière son épée en montant la garde au dessus de sa tête côté gauche, la point vers le bas (en croisant les bras donc), tout en déplaçant sa jambe droite sur le côté droit, légèrement sur le côté et vers l’avant pour gagner en distance et être en position de jeu court. Il pare ainsi le coup. On peut aussi, sur cette étape, provoquer l’attaque de B en faisant faire à A une feinte d’estoc depuis la Posta Cinghiaro. On arrive ainsi au croisement (Croce), à la mi-épée (Meza Spada), A ayant réalisé une parade la pointe vers le bas et se couvrant bien. step1jeu4

Etape 2 : A décroche sa main faible (3), celle du pommeau, tout en avançant de son pied gauche vers l’adversaire pour se rapprocher ; la main gauche de A vient alors enrober les avant-bras de B, et A retire son épée du contact au même moment.step2jeu4

Etape 3 : A a entouré les avant-bras de B et a dégagé sa lame ; il est important que A place son avant-bras sous les coudes de B lorsqu’il entoure ses avant-bras, de manière à, d’une part, bien le bloquer, et pour lui faire, d’autre part, une clef de bras en soulevant les bras de B vers le haut, ce qui aura pour effet de briser les coudes de B (effet de levier), ou de le forcer à tenter de dégager une de ses mains, ce qu’il peut arriver à faire mais juste avec sa main de pommeau. A peut alors enfin le menacer de son épée par un retour de sa lame, pointe vers le visage de son adversaire immobilisé. Il peut ne pas le tuer. step3jeu4

Remarque : Ce jeu peut être rapproché des jeux de Fiore suivants :fiorejeux4

Traduction des vers accompagnant les illustrations(4) :

Getty (MS Ludwig XV 13, J. Paul Getty Museum, Los Angeles, USA) : « Je complète le jeu de l’élève précédent et ce qu’il dit de faire, je le fais. Je t’ai lié le bras en clef médiane. Ton épée est emprisonnée et ne peux t’aider. Et avec la mienne je peux bien te blesser. Je peux te mettre mon épée au cou, sans aucun doute. Je peux te faire le jeu suivant immédiatement. »

Pisani-Dossi (Pisani Dossi MS, Collection particulière Pisani Dossi, Italie) : « Tes bras sont enserrés sous mon bras gauche/ et c’est un meilleur jeu avec armure que sans armure/ Du désarmement je suis également le contrefacteur/ d’après ce à quoi le Maître Fiore me destine ».

Paris (MS Latin 11269, Bibliothèque Nationale de France, Paris) : « Très prudemment je tiens ton propre bras et ton épée liés, ainsi je pourrais te frapper ».

Remerciements particuliers pour Jean-Rémy de Médiéval Combat  qui c’est joint à nous pour l’occasion.

Le Pôle Etude Vadi.

Notes :

(1) Exemple, extrait du texte (MS1324, Ch. III, folio 5 Verso) : « Quand sa lame arrive à la moitié de l’épée/ Rapproche-toi de lui, comme le veut la raison/ Délaisses le jeu long et donnes-lui l’assaut. » ; exemple appuyé par Fiore (MS Ludwig XV-3 Getty) :  « Mon Maître ci-dessus, m’a enseigné que lorsque je suis croisé à la demi épée, je dois saisir son épée de ce côté pour le frapper de taille et d’estoc. […] ».

(2) Coverta : chez Vadi, il s’agit du ou des principes visant à s’abriter derrière son épée, passage essentiel lors du déclenchement d’un jeu court.

(3) La « main faible », la man stanca comme il est dit dans un des vers accompagnant un autre jeu illustré, est toujours celle du pommeau, la main gauche, car la main droite, la main forte, doit toujours tenir l’épée, afin que son porteur en ait une totale maîtrise et puisse l’utiliser de sa meilleure main.

(4) Traductions issues du travail de Benjamin Conan.

Rédactions et illustrations: Gaths; corrections et validation: Johann, Etienne, Delphine.

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