Evolution naturelle et épées, par Nico D.

On entend souvent parler de l’évolution des armes ; des scientifiques, dont la réputation n’est plus a faire, on d’ailleurs passé beaucoup de temps à classifier nos pics à brochettes si tendrement choyés selon une typologie à caractère morphologique, géographique, temporelle, voire même utilitaire. Pour ma part, en tant que biologiste de formation, je me retrouve assez bien dans ces classifications, ainsi que dans ces arbres ramifiés présentant une généalogie spadassine, avec leurs groupes, leurs familles, leur genres, les « ancêtres communs » entre les armes… Néanmoins, derrière le terme d’évolution se cache de subtils mécanismes et concepts, plus complexes à saisir qu’il n’y paraît. Car évoluer c’est bien beau, mais comment ça marche?

Vous l’aurez peut-être compris, nous allons parler biologie dans cet article. Enfin, plus exactement, je vais utiliser des concepts émis pour l’évolution du vivant et les transposer aux armes pour essayer d’expliquer comment leurs caractéristiques ont pu varier au fil du temps.

NB : Cet article a une visée plus de divertissement que véritablement scientifique, il ne sera donc pas exhaustif, et je ne désire pas réinventer l’eau chaude, néanmoins j’espère pouvoir vous apporter des idées pour des pistes de réflexions, ou tout du moins un peu de fun en vous apprenant des trucs 🙂
NBbis : Et ça permet de montrer à la maman de votre serviteur que ses études de biologie ne lui auront pas servi à rien…

Premièrement, avant de parler d’évolution, au sens large du terme, il est nécessaire d’expliquer ce que c’est. Permettez-moi donc un instant de faire juste une petite mise au point :

* hum hum *
«ÉVOLUÉ», CA NE VEUT PAS DIRE «AMELIORÉ»!

On va arrêter de suite de dire que tel truc plus récent est meilleur que sa version plus ancienne. Ça n’a rien à voir. Ce qui compte c’est le contexte et l’environnement. Je m’explique :

L’environnement est en perpétuel changement, et c’est lui qui conditionne l’évolution. Pour qu’une «espèce» (que ce soit un être vivant ou une forme d’épée) puisse perdurer dans le temps, il faut qu’elle soit adaptée à son environnement, à son contexte. Et si l’environnement change, et bien elle doit changer avec lui, elle est obligée d’évoluer. Par exemple, la forme la plus évoluée des épées aujourd’hui, c’est ça:

On est d’accord que si je dois faire un tournoi à pied version XIIème siècle, ce ne serai pas le choix le plus judicieux, je partirai plutôt sur ça, c’est mieux :

Crédit photo et épée: Thibaud Pascual

Par contre, si je dois faire des Jeux Olympiques et faire une pratique sportive sans amocher le copain d’en face, on est d’accord que la type XII n’est pas le meilleur choix, l’épée moderne est plus appropriée pour ce contexte.

Ce sont deux épées ; deux époques différentes, deux contexte différents, deux environnements différents. Aucune n’est meilleure que l’autre en soit.

Ensuite, parler d’évolution implique la transmission de ses caractéristiques à la génération future. Un « individu » (toujours pareil, que ce soit un être vivant ou une forme d’épée) qui est adapté à son environnement va perdurer dans le temps et transmettre ses caractéristique à « l’individu » suivant. Au fil du temps, ces caractéristiques se modifient, changent, un peu comme un téléphone arabe s’étalant sur plusieurs centaines d’années, voire des milliers. Mais rappelez vous, l’environnement se transforme: si les nouvelles caractéristiques sont délétères pour l’individu par rapport à son environnement, alors ces caractéristiques sont vouées à disparaître, et toute «l’espèce» avec. Au contraire, si les nouvelles caractéristiques sont favorables pour l’individu par rapport à son environnement, et bien il pourra perdurer et transmettre ses caractéristiques à la génération suivante, etc.

Par rapport à la transmission, chez les être vivants, c’est simple, il s’agit tout simplement de la reproduction (les friponneries, donc). Pour les épées, cela se traduit par la transmission du savoir de leur fabrication, que ce soit au sein d’une relation maître-apprenti, ou part la copie de modèle existant ailleurs. Et c’est au sein de cette transmission qu’il peut y avoir des « erreurs », des variations, des petites modifications, des innovations, qui peuvent prendre des formes multiples et variées, et qui se trouverons favorables ou délétères par la suite, en fonction de l’environnement et du contexte. L’évolution est une adaptation constante, complexe et par moment dynamique, a un environnement en perpétuel changement.

 

En clair, l’évolution, c’est un beau bordel.

 

Pour ne pas se perdre à travers cet imbroglio de toutes les formes et variantes possibles et imaginables que peuvent donc prendre les épées, voici donc un top 3 des différents mécanismes qui permettent l’évolution :

1- La sélection naturelle

LA fameuse sélection naturelle. C’est évidemment l’une des lois scientifiques les plus connues au jour d’aujourd’hui, de part sa pertinence et de part de la virulence de ses détracteurs (Je n’en parlerai pas ici, mais, si vous êtes curieux, renseignez-vous sur le pastafarisme, c’est marrant). En clair, la sélection naturelle nous permet de voir l’évolution comme un filtre : seuls les individus et espèces les mieux adaptées pourrons passer entre les mailles du filet.

Ce filtre porte un nom : cela s’appelle la pression de sélection. En clair, pour que quelque chose change, il lui faut une bonne raison pour changer, et cette raison est insufflée par l’environnement. Pour des épées, cela peut-être une chute du prix du minerai de fer dans telle région, qui favorise les armes faites en fer plutôt qu’en bronze. Ou au contraire, la fermeture d’une mine, et une perte de minerai qui oblige à se rapatrier sur une chose. Ou encore un édit qui interdit d’utiliser tel ou tel outil ou armes pour telle catégorie de population, obligeant les intéressés à utiliser les moyen du bord et donnant naissances à de nouvelles armes et traditions martiales (l’exemple qui me vient à l’esprit est celui du messer). Enfin, le modèle d’arme qui va subsister, c’est celui qui me permet de survivre lors d’un combat ou d’une bataille, tout simplement !

Ce qui va donc compter avec ce mécanisme c’est d’essayer d’estimer les différentes pressions de sélection, pour essayer de comprendre pourquoi telle ou telle «espèce» d’armes et apparue (ou a disparue) à tel endroit et à telle époque, au lieu d’une autre antérieure, ou contemporaine mais voisine.

 

Mais il y a une pression de sélection qui a titillé un peu le cerveau des chercheurs, et qui a aboutit a son modèle propre, et que pour ma part je trouve très drôle, la voici :

2- La sélection sexuelle

Laissez-moi vous parler du paon.

Beau zozio, s’il en est, avec la queue de myriades de couleurs chez l’individu mâle, faisant le bonheur des mamies pour décorer leur salon. Mais cet animal a mis quelques difficultés au défenseur de la sélection naturelle ; car oui, avec un appendice plumeux aussi encombrant que gracieux, le paon mâle est doté d’un net désavantage en cas de course-poursuite envers un prédateur affamé.

-Fuis, Léon, cours pour ta vie !
-Pas maintenant, je suis trop beau pour ça.

Sauf que l’on s’est aperçu que cela ne tenait qu’aux caprices de diva de la femelle paon. En effet, il semblerai que ces oiseaux aient un sentiment de l’esthétisme : la femelle va préférentiellement céder ses charmes aux mâles ayant un grand nombre d’ocelles, les sortes « d’yeux » sur les plumes formant leurs queue; en dessous d’un certain seuil, elles y vont avec moins de cœur à l’ouvrage, et le nombre de rapports sexuels chute drastiquement.

-Salut Josiane, elle te plaît ma queue ?
-Titre !

Les paons mâles ayant le plus grand nombre d’ocelles ont donc de meilleures chances de faire des coquineries, et donc de transmettre leurs caractéristiques (dont une queue volumineuse) à la génération suivante, etc.

En clair, pour transmettre ses caractéristiques, il faut plaire! Il faut être en accord avec la « mode » de son époque, et cela n’est pas moins vrai pour un objet autant chargé de pouvoir symbolique qu’une épée. Sauf qu’évidemment, cela change en fonction des régions, et cela aura donc une influence sur l’évolution.

 

3-La spéciation

Bon, celle là elle est difficile à expliquer… En clair, la spéciation, c’est le principe de l’apparition de nouvelles espèces au sein d’une même population de base grâce à une « séparation » des individus à un moment donné.

Prenons une population d’individus de la même espèce, mais avec des caractéristiques différentes A, a, B et b.

Les individus A et B ont des caractéristiques «dominantes » vis-à-vis des a et des b, c’est-à-dire que quand tout ce petit monde se met a faire des friponneries, les petits ont plus de chances de ressembler à des A et des B qu’à des a et des b (c’est de la génétique, cherche pas). Mais si un jour les a et les b font un putsch et décident de se tirer ailleurs, il créeront une nouvelle niche de population, ou ils ne seront plus bloqués par les A et les B « dominants » pour transmettre leur caractéristiques.

Au fil du temps, l’évolution faisant son travail, les A et les B pourront se transformer en fonction de leur environnement (et tout ce qu’implique de pressions de sélection, si vous avez bien suivi), se transformant en espèce C et D, tandis que les a et b se transformeront aussi, mais dans un environnement complètement différent, donnant les espèces E et F.

D’une seule espèce avec des caractéristiques différentes nous obtenons des espèces distinctes par la spéciation. La, je vous parle d’un mécanisme étant en lien avec la génétique, mais si on reviens aux épées : pensez à toutes les invasions, les migrations, les échanges commerciaux, les transmissions des caractéristiques dans des environnements différents, avec des populations différentes, pouvant sélectionner telle ou telle caractéristique au fil du temps… Oui, ça devient compliqué.

 

Comme vous l’avez vu, l’évolution est dynamique, et n’est pas tant que ça retranchée dans des cases, et c’est on ne peut plus vrai pour les épées. Elle dépend de nombreux facteurs, dont les trois principaux sont exposés ci-dessus. Mais chercher à comprendre l’évolution des armes soulèvent d’autres questions pour ma part dans le cadre de l’étude de nos traditions martiales : en effet, jusqu’à quel point les formes des épées ont influencées nos traditions martiales, et inversement? De plus, les traditions martiales évoluent également, peut-être chercher les différentes pressions de sélections de telle ou telle caractéristiques pourraient nous aider à comprendre un peu mieux ces vieux livres, que nous aimons tant, et qui nous permettent d’accorder nos rêves d’enfants, où nous jouions aux chevaliers avec un bâton dans le jardin de papi et mamie, avec nos exigences d’apprentis-chercheurs ou de chercheurs en arts martiaux que nous sommes.

Nico D.

Corrections & validation: Gautier, Adrien.

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