Alfred Hutton, précurseur des AMHE

Qui furent les premiers AMHEurs ? Entendons par là, plus justement, qui furent les premiers personnages à s’intéresser aux traditions martiales européennes anciennes et éteintes au point de tenter une reconstitution pratique ? Comme pour certains Maîtres d’armes anciens, il y en a sûrement une certaine proportion qui est tombée définitivement tombée dans l’oubli, et une autre proportion dont les écrits sont parvenus jusqu’à nous, comme les sources sur lesquelles nous nous basons pour notre travail. En ce qui concerne les AMHEurs, un nom ressort et remonte au XIXe siècle, et il est assez méconnu en France, à contrario de son pays d’origine (le Royaume-Uni), à savoir la Capitaine Alfred Hutton.

Brève bio

Notre gaillard naît en 1839 à Beverley dans le Yorkshire, 11e enfant et 7e garçon d’un Capitaine du 4th Royal Irish Dragoons Guards, qui prit part directement non pas aux guerres napoléoniennes mais à la répression de la Rébellion irlandaise, car le Captain Hutton père prend sa retraite en 1811 avant le déploiement des Dragons en Espagne. Il jouit ainsi d’une pension d’officier adjointe à ses rentes de membre de la bourgeoisie locale (la famille Hutton jouit au début du XIXe d’une bonne collection d’héritages matériels, et perçoit des revenus de biens de propriétaires terriens (1), il se peut même qu’ils fassent partie de la petite noblesse), ce qui lui permet de payer à ses enfants de bonnes études tout en vivant entre Londres et le Yorkshire, et Alfred règle donc ainsi son pas sur le pas de son père en entrant dans l’armée, après des études successives à la Blackheath School puis à l’Oxford University College, après avoir brièvement envisagé une carrière ecclésiastique. Il n’a cependant aucun diplôme lorsqu’il rejoint le 79th Cameron Highlanders (2) à Perth en Ecosse en 1859 avec le grade d’Enseigne, un « officier junior ».

Il fait alors carrière dans l’armée, déployé en Inde avec son premier régiment où la répression contre la rébellion indienne (bataille de Bareilly et Prise de Lucknow en 1858). Il est promu Lieutenant en 1862 puis passe à la cavalerie au 7e Hussards (en 1864), mais il se blesse la même année, au point d’être rapatrié en Angleterre où il incorpore au final le 1st Dragoon, obtient le grade de Capitaine, et se retire du service actif en 1873 à 34 ans. On le verra ci-après, il consacre pleinement sa vie à l’escrime  jusqu’à sa mort en 1910 à Londres, sans se marier ni avoir d’enfant reconnu.

Le cimetière et la Saint Mary’s church dans le Cheshire où Alfred Hutton repose.

L’escrime historique

Domenico Angelo

Alors qu’il étudie à Londres à la Blackheath School, Alfred intègre en parallèle la très prestigieuse et ancienne école d’escrime d’alors située à Saint James Street (SoHo, quartier de théatre entre la City et le très cossu Westminster) et tenue par Henry Charles Angelo the Younger,  petit-fils et héritier du célèbre Maitre d’Armes Domenico Angelo (3), professeur d’escrime de la famille royale et auteur lui-même d’un traité d’escrime qui fait partie de notre catalogue de source d’AMHE aujourd’hui. Alfred Hutton y rentre très certainement encore sur conseil et recommandation de son père, qui  a lui-même appris l’art de l’épée dans cette école sous les ordres du père de Henry Charles Angelo (4). Mettant son cursus d’escrimeur sur pause, il constitue un club d’escrime au sein de son bataillon aux Indes, le Cameron Fencing Club, sur demande de son Colonel.

L’on dispose d’un témoignage indirect sur son niveau d’escrime ; une nécrologie issu d’un journal néo-zélandais de 1911 (ce qui laisse apprécier sa renommée à sa mort), que je vous traduis ici :

« Un fameux escrimeur // L’Angleterre a perdu un des ses plus grands et de ses plus doué escrimeurs en la personne du Capitaine Alfred Hutton […] // Né en 1840 [!] à Beverley dans le Yorkshire, le Capitaine Hutton acquis son goût pour les armes en son école de Blackheath, où le grand Angelo fût Maître d’armes [ !]. Il dévolus alors tout son temps libre à cet art, et fût bientôt un des étudiants les plus prometteurs dans la Salle d’Armes (5) d’Angelo à Saint James street. […] Il joignit le 79th Highlanders [pour les Indes]. // Le jeune officier d’alors fût certainement l’escrimeur le plus talentueux de l’armée, même si  ces camarades ne le réalisaient pas. Il emmenât avec lui plusieurs épées de différents types, et un des sergents, désireux de donner une bonne leçon au petit nouveau, lui proposa un défi. Le sergent, qui avait une certaine réputation dans le maniement des armes, choisi la baïonnette contre l’épée du jeune officier, mais fût aisément défait [par ce dernier], et le résultat fût le même quel que soit la combinaison des armes. // Après cet exploit le jeune officier fût invité à former une classe d’escrime […] et le niveau du régiment s’améliora grandement. Il continuât ce travail dans les autres régiments dans lesquels il servît (6) […] et fût durant sa carrière le plus grand avocat de l’amélioration de l’escrime dans l’armée. Aussi il fût un des premiers à élever le combat à la baïonnette à la dignité d’une science. » (7)

Après son retour des Indes, Hutton y repris son cursus avec le successeur des Angelo, William McTurk. C’est sûrement là que, momentanément diminué par ses blessures pour lesquelles il a été rapatrié, il va s’intéresser de plus en plus aux traités d’armes anciennes qui lui sont accessibles. Il reprendra les armes petit à petit, en passant au fleuret, au sabre et à la baïonnette. Une fois retiré du service actif, divisant son temps entre salle d’arme et bibliothèque, Alfred Hutton écrit et publie. Pas mal. Il écrit déjà quelques petits fascicules pour ses camarades de club en Inde, et quelques méthodes pendant son temps dans l’armée, qu’il compile dans un traité de baïonnette et d’escrime en 1882 (Swordsmanship and Bayonet-fencing).

Mais c’est en 1889 qu’il publie son traité d’escrime, tel n’importe quel  Maître d’arme -dont il ne porte cependant jamais le titre, usant simplement de son grade- intitulé Cold Steel : a practical treatise of the sabre. Hutton est avant tout un militaire, et après soin service actif, il dédie sa carrière de capitaine à Londres à l’escrime militaire, qui se double de sa passion totale dans toutes les escrimes, qu’il pratique dans l’institution des Angelo. Hutton fait ainsi le pont entre l’escrime contemporaine de son époque (sabre et baïonnette) qu’il pratique, améliore et défend (en cette fin de XIXe siècle, la pratique de l’escrime dans l’armée apparaît de plus en plus désuète, sauf pour la baïonnette accessoire au fusil), et avec l’escrime moderne naissante  des salles d’armes, toujours empreinte à cette époque du fleuret et de l’épée de cour du XVIIIe, et dont il étudie les origines. Dans son Cold Steel, Hutton crée une méthode originale basée sur le traité d’Angelo et aussi sur les technique modernes de sabre, spécifiquement là aussi les italiennes (l’école d’Angelo à Londres ne jurant alors que par les méthodes italiennes). Il défend en outre l’usage du sabre droit pour pouvoir estoquer quand cela est possible, faisant écho à l’épée de côté de la renaissance italienne. Hutton continuera ainsi son travail d’amélioration et de défense de l’escrime militaire tout au long de sa vie.

Epée-bocle de Marozzo

La fin du XIXe siècle correspond en outre avec un regain d’intérêt de la société savante occidentale pour le Moyen-âge, souvent sous un angle romantique. Cette coïncidence avec la passion d’Hutton pour les armes anciennes lui permettra d’attirer l’attention de certains cercles savants de la haute société, et il commença ainsi à remettre en œuvre certaines techniques des sources auxquelles il avait accès et qu’il avait pu étudier. Sa volonté de remettre au goût du jour les techniques d’escrime ancienne n’a plus besoin du prétexte d’amélioration moderne du sabre, il peut le faire simplement, et l’on assiste ainsi, dans les années 1890, à la toute première démarche connue de reconstitution AMHE. Il reproduit ainsi dans la salle d’Angelo les techniques des livres de Georges Silver et d’Achille Marozzo.

Hutton forme ainsi une petite compagnie d’escrimeurs historiques (8), dans un but reconstitutif des systèmes de combat éteints. Ils firent ainsi de nombreuses démonstrations durant les années 1890, la plupart dans un but caritatif –pour les mutilés de guerre par exemple-, pour promouvoir l’escrime moderne (9) qui commence à se développer réellement. Hutton met aussi en place des représentations dans les clubs privés des cercles de la haute société anglaise (les gentlemen’s clubs), comme au Bath Club par exemple, ou encore au Lyceum Theatre en 1891 devant le Prince de Galles d’alors, à l’instar de l’ancêtre de son mentor Henry Angelo. Il mit ainsi à profit son activité d’escrimeur-reconstituteur au profit de son activisme pro-sabre dans l’armée, se servant de ses réseaux dans l’armée et dans la gentry civile.

 » Le Capitaine A. Hutton et De. Mouatt Riggs faisant une démonstration d’ancienne épée-bocle devant le Prince de Galles »  » « L’histoire de l’escrime » par le Capitaine Egerton Castle, au Lyceum Theatre »

La quintessence du travail d’Hutton sur l’escrime ancienne s’incarne dans son autre livre majeur, Old Swordplay: A glance at the systems of fence in vogue during the XVIth, XVIIth, and XVIIIth centuries, with lessons arranged from the works of various ancient masters for the practical study of the use of the picturesque arms borne of forefathers (1892), au titre légèrement long, qui se traduit par Escrime ancienne : un regard sur les systèmes d’escrime en vogue aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, avec des leçons extraites des travaux de différents anciens Maîtres pour l’étude pratique de l’usage des armes pittoresques portées par nos aïeux (10). Ce livre est remarquable car nous avons ici le premier réel livre d’AMHE où Hutton nous donne un guide-résumé nous introduisant directement à l’épée longue, la rapière (avec dague et cape), l’épée-bocle, l’épée de cour, et ce en reproduisant pêle-mêle Alfieri, Marozzo, Philibert de la Touche, De Liancour et naturellement Angelo. L’on voit enfin le petit catalogue de sources auxquelles Hutton avait accès et qui faisait partie de son répertoire d’escrimeur « à l’ancienne ».

Le théâtreux et le collectionneur

Colichemard_Alfred_Hutton
Colichemarde provenant de la collection d’Hutton

La société anglaise de la fin de l’ère victorienne ne s’intéresse qu’un temps à la passion d’Hutton, et, hormis quelques uns de ses camarades d’escrime, son propos ne s’adresse pas à tout le monde à l’époque. La notion de loisir est assez vague et ne concerne que la haute société, et la spécificité de son travail simplement que les militaires ; son travail de recherche, lui, fait à peine soulever un cil aux universitaires qui ne s’intéressent pas encore à cette dimension du patrimoine. En bref, Hutton est en avance sur son temps, en vivant paradoxalement dans le passé.

Ses revenus de capitaine, de propriétaire-rentier, de consultant en escrime lui permettent de vivre confortablement à Londres, et il passer la seconde moitié de sa vie à collectionner des armes anciennes et des livres d’armes. Il faut y ajouter les armes orientales ramenées des Indes, et au fur et à mesure le collectionneur devint presque antiquaire. Au moins 276 volumes d’escrimes furent ainsi légués au Victoria & Albert Museum après sa mort (11). Il devint aussi membre d’uns société savante assez exclusive, la Society of Antiquaries of London.

Soucieux néanmoins de trouver une place pratique de l’escrime ancienne -autre qu’un plaisir coupable d’antiquaire et d’historien amateur- dans la société de son temps, Hutton écrivit en 1892 dans son Old Sword Play :

« Il y a ceux qui jugent ridicule l’étude d’armes obsolètes, arguant qu’elle n’est d’aucune utilité pratique ; tout, cependant, est utile à l’art de l’escrime, ce qui a tendance à susciter son intérêt, car il est certain que les duels à la rapière et à la dague, à l’épée à deux mains, à l’épée –bocle (12) nous offrent un très bel embellissement pour les procédés ordinaires d’assaut qui sont quelques peu monotones. // Les combinaisons seront extrêmement utiles en tant que forme de combat chorégraphié pour le théatre. »

Ainsi, Hutton enseigna entre 1899 et 1902 des cours de combats chorégraphiés qui se voulaient réalistes aux acteurs et actrices de Londres,  pour des pièces incluant des combats tels que Romeo and Juliette, joué au Lyceum, là même où Hutton fit des démonstrations.

Clin d’œil de l’histoire, Hutton eut à collaborer avec le Bartitsu Club dans le cadre de la formation des acteurs ; le Bartitsu, pour rappel, est une discipline de combat crée Par Edward Barton Wright à destination de la bonne société victorienne mêlant boxe, savate, combat à la canne, et jiu-jitsu (auquel Hutton s’intéresse par la suite) ; le bartitsu de nos jours est étudié -entre autres- dans le cadre des AMHE.

Esmé Beringer une des étudiantes d’Hutton

 

Le témoin et le relai

Après sa mort, l’intérêt pour l’escrime ancienne et sa pratique moururent un temps, et il fallu attendre les années 1970 pour que l’on recommence à voir un intérêt pour l’escrime ancienne dite réaliste (hors artistique et chorégraphie), et les années 80/90 pour les AMHE (13).

Hutton consacre, pour ce qu’on en sait, toute sa vie à l’armée et à l’art de l’escrime. L’armée par tradition familiale et dans laquelle il se plût (son neveu  devint par ailleurs un héros de guerre), l’escrime en suivant l’exemple paternel, puis par goût personnel. Il évolue essentiellement ainsi dans un univers purement martial : prime jeunesse entre les collèges (pour y acquérir un savoir culturel conforme à un fils d’officier) et la salle d’arme la plus réputée de son époque ; jeunesse d’escrimeur accompli et de jeune officier allant au feu ; vie de Capitaine avocat permanent de l’escrime au sein de l’armée et promoteur de l’escrime traditionnelle voire ancienne ; fin de vie en tant que bretteur connu et reconnu (sans pour autant devenir maître d’armes), collectionneur et membre d’une société d’antiquaire assez fermée et renommée elle aussi. Une vie privée soit discrète soit inexistante car on ne lui connaît ni femme, ni maîtresse, ni amant, ni enfants. Bref une vie consacrée entièrement aux armes, dans la droite lignée de sa famille, mais à sa propre façon.

Le problème pour Hutton est que dans la société victorienne dans laquelle il évolue, le goût et l’intérêt pour les épées meurent, comme dit plus haut. Plus les armes à feu évoluent, plus l’escrime de combat devient obsolète, si ce n’est que par reliquat et tradition dans l’armée, et attention encore uniquement dans certaines sphères : officiers, nobles, cavaliers ; ce n’est pas pour rien si ces représentations d’escrime ancienne n’intéressent que ces cercles-là, la pratique de l’escrime restant dans le programme de l’éducation des gentlemen. Hutton n’intervient donc concrètement que là où il peut : l’escrime de guerre d’alors ne se résume qu’au sabre de cavalerie et au combat à la baïonnette. Et il défendra jusqu’au bout l’escrime dans l’armée, faisant de lui un membre imminent d’un camp qu’on jugera (et même qui devait être jugé à l’époque) comme traditionnaliste, rétrograde et passéiste, voire même dangereux, car 4 ans après la mort d’Hutton, des charges absurdes de cavalerie britannique, sabre au clair, eurent lieu contre des mitraillettes allemandes, se soldant par des boucheries horribles (14) aux premiers jours de la grande guerre.

Hutton est aussi le témoin direct de la transformation de l’escrime pratiquée à des fins martiales en sport d’opposition qu’est devenu l’escrime moderne aujourd’hui, mutation lente dont les signes précurseurs s’observaient au temps d’Angelo (15) ; Hutton lui-même parle de règles et de codification des assauts dans un de ses livres en 1891, et doit faire même partie de ceux qui penchent pour l’inclusion du sabre dans l’escrime moderne au côté de l’épée et du fleuret, le sabre étant l’apanage militaire du XIXe. Hutton est contemporain de la sportivisation de l’escrime au XIXe, avec l’inscription de cette discipline aux premiers JO modernes (16). Cela va même plus loin : Angelo et ses héritiers (dont fait indirectement partie Hutton) sont considérés, de l’autre côté de la manche, comme initiateurs de la transformation du combat à l’épée (en tant qu’art martial) en sport réservé à la haute société (qui conserve son caractère militaire, dévolu aux classes dirigeantes, un héritage médiéval entre autres).

Cela découle, au fond, d’un besoin de s’entraîner de manière non-létale (ce qui existe depuis Meyer et même auparavant (17)). Il y a donc un tournant prit au XVIIIe par Angelo de sortir l’escrime de la pratique à des fins militaires pour le tourner vers l’aristocratie via des écoles civiles (choses qui existait déjà sur le continent), et via son traité (18). Selon l’Encyclopaedia Britannica:

« Angelo fût le premier à promouvoir l’escrime comme moyen d’entretenir sa santé, son maintient, et sa grâce. Il en résultat, par ses réseaux et son influence, que l’escrime passa d’un art de guerre à un sport »

Il s’inscrit ainsi dans un mouvement plus global, le même phénomène se produisant en France et en Italie par exemple.

Néanmoins, lorsqu’Hutton débute son cursus d’escrimeur, l’escrime s’enseigne encore à des visée de combat martial, le duel d’honneur existant encore (même si le choix du pistolet se fait de plus en plus prépondérant) et on le rappelle, la visée militaire de l’escrime reste importante. Hutton voit ces deux aspects s’effacer progressivement au profit de la dimension sportive, mais il est certain qu’il ait une certaine inquiétude pour le devenir de sa discipline (et ses livres en sont le reflet), car pour lui l’escrime est plus riche qu’un « simple » sport, d’où son souci de promotion et surtout de revitalisation de l’escrime ancienne et historique, souci qu’il semble être le seul à avoir. Il est dur d’être un passionné d’une discipline en pleine mutation ou déliquescence, et l’on entrevoit ainsi ses motivations propres.

Tout reste bon à prendre pour Hutton dans sa promotion de l’escrime : soutenir la sportivisation (certains galas de démonstrations d’escrime ancienne se firent dans le cadre de promotions de compétitions d’escrime moderne) (19), promouvoir à outrance l’escrime du sabre et de la baïonnette dans l’armée alors que la guerre moderne approche, remettre au goût du jour les techniques anciennes, collectionner et exposer le plus de livres d’escrime et d’armes anciennes, promouvoir le réalisme et l’historicité des combats sur les scènes des théâtres.

Hutton est à la croisée des chemins et des époques. Il est au milieu de tout, et pourtant isolé et nulle part à la fois, ses combats n’étant pas directement repris après sa mort, et n’ayant aucun héritier spirituel direct. Il est à la fois un élève du dernier Angelo et un camarade du Bartitsu club. Il cherche à la fois les vraies techniques historiques et il élabore des chorégraphies théâtrales. Il promeut à la fois le sabre sur les champs de bataille et le fleuret sportif dans les salles d’armes puis les gymnases.

Les écrits ne font ainsi de lui pas seulement un précurseur des AMHEurs, il l’est aussi des escrimeurs artistiques, et de l’escrime moderne, même si ce n’est qu’en tant qu’escrimeur parmi les autres. Malheureusement pour lui, même si sa renommée d’escrimeur dépassa les salles d’armes, ses combats furent sans écho, et il y a dans son parcours comme dans sa personnalité un côté Don Quichotte attachant (même physiquement), très attaché aux traditions martiales de l’escrime (quitte à être aussi un archétype rétrograde victorien), et souhaitant avant tout que l’art du combat à l’épée ne disparaisse pas dans le monde moderne. Son livre Old Swordplay restera néanmoins à tout jamais et à mon sens la première pierre posée de l’édifice des Arts Martiaux Historiques Européens… avec juste cent ans d’avance.

Gautier

Les livres de Hutton :

  • Swordsmanship (1862), écrit pour les membres du Cameron Fencing Club
  • Swordsmanship, for the use of soldiers (1866)
  • Swordsmanship and Bayonet-fencing (1867)
  • The Cavalry Swordsman (1867)
  • Bayonet-fencing and Sword-practice (1882)
  • Cold Steel: a practical treatise on the sabre, based on the old English backsword play of the Eighteenth century, combined with the method of the modern Italian school. Also on various other weapons of the present day, including the short sword-bayonet and the constable’s truncheon. Illustrated with numerous figures, and also with reproductions of engravings from masters of bygone years (1889)
  • Our Daggers: or, how to use the new bayonet (1890)
  • Fixed Bayonets. A complete system of fence for the British magazine rifle, explaining the uses of the point, edges, and butt, both in offence and defence: comprising also a glossary of English, French, and Italian terms common to the art of fencing, with a bibliographical list of works affecting the bayonet (1890)
  • The Swordsman. A manual of fence for the three arms, foil, sabre, and bayonet. With an appendix consisting of a code of rules for assaults, competitions (1891)
  • Old Swordplay: A glance at the systems of fence in vogue during the XVIth, XVIIth, and XVIIIth centuries, with lessons arranged from the works of various ancient masters for the practical study of the use of the picturesque arms borne of forefathers (1892)
  • Our Swordsmanship (1893), conférence faite à Whitehall
  • Notes on Ancient Fence (1895)
  • The infantry sword exercises of 1895 (vers 1895)
  • A criticism of the infantry sword exercise of 1895 (1896)
  • Sword Fighting and Sword Play (1897),
  • The Swordsman. A manual of fence for the foil, sabre and bayonet (1898)
  • Examples of Ju Jitsu, or Japanese Wrestling for Schoolboys (undated, around 1900)
  • The Sword and the Centuries or Old Sword Days and Old Sword Ways: being a description of the various swords used in civilized Europe during the last five centuries, and of single combats which have been fought with them (1901)

Notes:

  1. Archives de la famille Hutton
  2. Les régiments «Highlanders » font partie de l’infanterie de ligne. Du coup je lui suppose des origines écossaises.
  3. Domenico Angelo Malevolti Tremamondo, Maître d’armes du XVIIIe siècle ayant émigré en Angleterre depuis l’Italie via quelques années à Paris où il étudie l’escrime française ; sous la protection du comte de Pembroke, il fut Maître d’Armes à la Cour d’Angleterre pour, entre autres, le Prince de Galles, et écrivit un traité d’escrime (épée de cour), l’Ecole des Armes, dont vous pouvez voir ici une transcription faite par Ensiludium.
  4. Henry Angelo (1756-1835), fils du précedent (3) et mentor d’Alfred Hutton Père et donc père de son quasi homonyme Henry Charles Angelo fils, mentor d’Alfred Hutton fils. Oui ils ont tous les prénoms de leurs pères, ça ne facilite pas les recherches. Bref cet Henry Angelo-ci grandit quasiment dans une salle d’armes, principalement à Eton où son père enseignait les armes à la très haute noblesse, puis fit un tour d’Europe des écoles d’armes à des fins de perfectionnement, pour revenir auprès de son père en qualité d’assistant et d’héritier, avant de passer à son tour les rennes à son fils. Il se spécialisa dans l’escrime équestre et, autre fait intéressant, dû à de nombreuses reprises déménager l’école d’armes familiale, passant même par… un théâtre qui les abrita de 1780 à 1789.
  5. En français dans le texte
  6. Mais QUE C’EST BEAU le passé simple quand même
  7. The Evening Post, numéro  41, Février 1911
  8. L’on a même les noms de ses collégues qui essayérent de poursuivre l’ouvre d’Hutton pour certains : Egerton Castle, Captain Carl Thimm, Colonel Cyril Matthey, Captain Percy Rolt, Captain Ernest George Stenson Cooke, Captain Frank Herbert Whittow, Esme Beringer, Sir Frederick and Walter Herries Pollock
  9. Le souci d’alors d’Hutton est de sauver l’escrime sous toute ses formes et par tout les moyens, car elle est de moins en moins usitée au sein de l’armée dans laquelle iol continue d’évoluer
  10. Transcription ici par Peter Valentine
  11. La plupart des volumes furent restaurés richement, avec le nom de Hutton gravé avec ses armoiries, que je ne retrouve malheureusement pas
  12. Hutton use du terme broadsword and buckler pour caractériser l’épée-bocle de marozzo, où on utilise une épée de côté (spada de latto). Pour la broadswoard, voyez cet article de Keith Farrell.
  13. Il y eut d’autres précurseurs des AMHE, parmi lesquels par exemple des recherches en Allemagne sur les traditions allemandes à la fin du XIXe, conduites par Karl Wassmanndorf ; la réedition du Talhoffer par Gustav Hergsell au début du XXe ; la publication en fac-similé du Flos Duellatorum en Italie. Il y a aussi le cas espagnol où on arrêta jamais vraiment d’instruire l’escrime ancienne dans les écoles d’armes (la Destreza est appliquée dans les armées espagnoles, avec un sabre, jusqu’à la fin du XIXe). Néanmoins il faudra attendre les années 1960 pour voir le monde des AMHE naître timidement dans les universités où l’on redécouvre les livres d’armes anciens petit à petit (pourvu qu’il en reste) : . En 1965, une bibliographie assez complète des livres d’escrime de la tradition allemande fût publiée par Martin Wierschin, avec une transcription du Codex Ringeck et un glossaire. En 1972, James Jackson publia une compilation de Georges Silver, de Giacomo di Grassi et de de Saviolo. Il y eut aussi le séminaire sur Liechtenauer de Hans Peter Hils en 1985. La vrai naissance de la communauté des AMHE eut lieu dans les années 90, avec la connections entre tout ses chercheurs isolés et éparpillés dans le monde, et la reproduction et le partage des sources, par le biais des forums et des rencontres.
  14. Les régiments de cavalerie et les armes blanches disparurent ainsi définitivement du paysage militaire, les premiers se transformant en régiments de chars d’assaut, les seconds en accessoires d’apparat.
  15. Des témoignages de règles et de codifications au fleuret (qui était alors le terme usité pour l’épée d’entrainement, alors que le terme épée était réservé pour l’arme blanche) pour les assauts existent au XVIIe/XVIIIe, voire même des compétitions comme le Prix des Deux Epées à Toulouse.
  16. Voir Escrime aux JO 1896
  17. Voir la Conférence de l’Ost sur l’Art de ne pas tuer, oui moi aussi je m’auto-cite comme un sagouin.
  18. Il est parfois considéré comme le premier prescripteur des positions et des bases de l’escrime moderne en ce sens.
  19. La première compétition brittanique avec des règles modernes eut lieu à Islington (quartier de Londres non loin se SoHo) en 1880, figurant exclusivement des militaires, tous en blanc pour que les marques laissées par les épées enduites d’encre servent à compter les points. L’Amateur fencing Association brittanique sera fondée en 1902, la Fédération française ayant été elle fondée en 1882 (mais le premier tournoi en France eut lieu en 1893).